Extrait d’un entretien accordé par Vincent Geisser au site Oumma. com.
“Les femmes et les hommes de gauche se considèrent comme les éducateurs et les instituteurs du “peuple immigré” et de leurs enfants. C’est la rhétorique du maître et de l’élève qui débouche sur une forme de “paternalisme social”. La gauche, et notamment le Parti socialiste, traitent les Français issus de l’immigration maghrébine, africaine et des DOM-TOM, comme ses “enfants”.
Elle entend les protéger à leurs dépens. C’est un processus d’infantilisation permanent. En deux mots, elle dit aux Français issus de la diversité : « N’allez pas trop vite, prenez le temps de grandir et vous serez un jour récompensés pour vos mérites politiques ! ». Pour cette raison, les partis de gauche, y compris la LCR d’Olivier Besancenot qui n’a pas rompu avec la “paternalisme social”, voient les Français issus de l’immigration maghrébine, africaine et des DOM-TOM comme des “jeunes éternels” et des “immatures à vie”, qu’il convient d’éduquer politiquement, voire de rééduquer culturellement.
En revanche, la droite développe, elle, une approche davantage “pragmatique” et “mercantile” de la diversité. C’est une vision totalement utilitariste de la diversité que l’on pourrait résumer ainsi : « dis moi combien de suffrages électoraux tu peux me procurer, et je te dirais quel(s) mandats je t’offrirai ! ». L’UMP véhicule de plus en plus une vision marchande de la vie politique française : elle voit d’abord le système politique comme un “marché politique” et les électeurs comme des clients potentiels. Pour capter ces nouveaux “électeurs-clients” ou “clients-électeurs”, elle utilise largement la diversité qui fonctionne comme un produit d’appel.
Incontestablement, Nicolas Sarkozy contribue à une “hallalisation” de la vie politique française. Les électeurs “musulmans” sont perçus comme des clients d’un marché politique “hallal”. Dans ce cadre, sont proposés aux “clients-électeurs” ethniques des candidats communautaires labellisés “hallal” ou “casher” selon les contextes locaux ou les électorats visés. Le président de la République est en train de transformer la vie politique française en un grand supermarché de la politique, avec des rayons pour les “bons Français”, des rayons pour les Juifs (casher), des rayons pour les Domiens (produits exotiques), des rayons pour les Musulmans (hallal) et bien sûr des rayons communs pour tous ces clients électeurs.
Le pire, c’est que la gauche a tendance aujourd’hui à courir après la droite, en se ralliant de plus en plus à une “diversité de marché”. La gauche, elle aussi, cède à la mode de la “diversité de casting”, au détriment de la promotion de véritables militants issus de l’immigration maghrébine, africaine et des DOM-TOM qui luttent depuis de longues années pour faire reculer les discriminations en politique. Nous avons parfois l’impression d’assister à une sorte de “Star Ac de la diversité”, jouant sur l’exotisme et l’esthétique ethnique des candidats mais sans véritable fond politique.”
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