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Est-il interdit de tout dire à Zone interdite ?

Est-il interdit de tout dire à Zone interdite ?

Dimanche dernier, M6 fête les quinze ans de Zone interdite. Bravo. Avoir mis du reportage à heure de grande écoute, en “prime time”, comme on dit, c’est du courage éditorial ou de la contre-programmation intelligente. Le tout n’est pas plus, sinon moins, racoleur que les documentaires de la Mireille Dumas des années quatre-vingt-dix. Et puis, le charme et la retenue de la jolie madame Debbouze, Melissa Theuriau de son nom de jeune fille, ça aide. Cet anniversaire est donc l’occasion de dresser un large panorama des sujets de société traités par l’émission jadis fondée par Patrick de Carolis, depuis devenu patron de France télévisions, après avoir été jadis l’officiel confident de Bernadette Chirac, lors de son livre, Conversations. De ce large prisme en forme de panel – comment les jeunes se droguent, les policiers pistent les voyous, les femmes se défigurent à la chirurgie esthétique, les paysans se marient grâce à Internet, les riches vivent mieux que les pauvres, etc –, deux méritent au moins d’être retenus. Peut-être parce qu’ils en disent plus long que d’autres.

Extrême pauvreté : la préférence étrangère ?

Au premier chef, les travailleurs pauvres. Cette famille de deux enfants, par exemple. Le père est vigile de nuit. Le jour, la mère travaille dans son usine de cartonnages. Chassés de leur HLM, parce qu’ils ne peuvent plus s’acquitter de leur loyer, ils vivent en caravane ; à des prix par ailleurs prohibitifs, six cents euros mensuels, ce n’est pas rien. Misère silencieuse, qui jamais ne revendique. Les mêmes, quelques années après, le suivi de ces sujets étant le principe de la soirée : ils vivent enfin dans un petit pavillon – un HLM, toujours –, mais ne sont plus que trois, le père étant décédé d’un cancer, tandis que la mère, ayant pu se rapprocher de son lieu de travail, n’a plus à affronter cinq heures de trajet quotidien. Elle peut enfin s’occuper de son fils et de sa fille. Son « petit paradis », elle a pu l’obtenir parce que son patron – un “petit” patron, pas un “grand”, ne rêvons pas –, a fait pression sur l’Office des HLM. Elle est déjà vieille avant l’âge ; l’extrême pauvreté n’aide pas à demeurer belle. Simple question : combien de familles d’étrangers, les plus nombreuses et, de fait, les plus prioritaires, sont passées avant elles ? Ah, on avait oublié de vous dire : cette dame est Française, une de ces Françaises qui n’en finissent plus de traîner leur péché originel de “beaufitude” devant les tribunaux de cette presse néo-cléricale si bien incarnée par, mettons, Charlie Hebdo… Et le pire, ou le plus admirable, est qu’elle ne se plaint même pas.

Les “nouveaux enfants” seront-ils au goût de Jamel Debbouze ?

Second sujet. Madame Goudou et madame Gousse veulent un enfant. Elles font donc appel à Monsieur Tarlouze, pour rendre grosse celle qui fait la fille dans le couple – vous aurez remarqué la prégnance des schémas archéo-conservateurs dans les couples jouant plus sur gazon que terre battue : il y en a toujours une qui fait la gonzesse et l’autre le mec, comme quoi. On assiste à la chose. Enfin, pas en vrai, ça aurait été porno. Car monsieur ne fait pas ça à l’ancienne. Pignoli pignolo dans un pot de crème caramel, vide, on précise, un coup de seringue dans le vase, et hop ! Là, ce n’est pas porno, c’est seulement pathétique. Près de cinq barquettes de dessert et deux ans plus tard, une petite fille finit par naître. Et c’est là que ça se complique. Madame Gousse a accouché tandis que monsieur Tarlouze et madame Goudou, lui tenaient chacun une main. Depuis, l’infortunée vit en garde alternée, une semaine chez ses deux mères et le reste chez sa tante à barbe ; non, son père, non point issu de germain, mais de sa seule main droite, on précise, toujours. Melissa Theuriau est un brin interloquée ; c’est sûr que chez sa belle-famille marocaine, les enfants doivent encore se fabriquer, à la manière rétrograde, avec juste papa dans maman. Mal à l’aise, elle invite le généticien Axel Kahn disserter de la chose. Il est tout aussi gêné. S’emberlificote dans d’interminables circonvolutions, pour finir par admettre que s’il est impossible de jurer que cette pauvre gamine sera plus tard malheureuse, il est tout aussi impossible de parier sur le contraire. D’où ces deux interrogations. La première : ces nouveaux parents, en assouvissant leur désir égotiste de maternité et de paternité, ne prennent en compte que leur envie d’enfant, leur “droit à l’enfant”, et ne se posent même pas la question de l’épanouissement, de l’équilibre et des “droits” de ce dernier. La seconde est sûrement plus grave – la première laissant au moins une chance à la petite de trouver un jour le bonheur, malgré ce lourd passif parental –, puisqu’elle consiste à asséner en argument d’autorité, que mieux vaut avorter un enfant non désiré plutôt que de lui laisser sa chance ; car là, on nous affirme, sans contestation possible qu’il vivra malheureux jusqu’à la fin de ses jours, comme si on en savait quelque chose ! Mais dans les deux cas, toujours le même individualisme hédoniste : je veux un enfant à n’importe quel prix ou je veux m’en débarrasser quoiqu’il puisse m’en coûter. Droit des enfants ? Non ! Seulement le droit de prétendus adultes à se conduire, justement, tels des enfants, au mépris, non seulement des “droits”, mais avant tout, de la vie de ces mêmes enfants… On comprend mieux le malaise de Mélissa Theuriau, des fois que son Jamel Debbouze de mari ait regardé l’affaire. Et l’inquiétude vis-à-vis de sa probable réaction, lorsque sa toute fraîche épouse lui répondra, dès lors qu’il sera question de faire ensemble un bébé, que cela reviendra du pareil au même qu’elle élève avec Muriel Robin celui dont Pierre Palmade lui aura fait don dans une boîte de Captain Igloo, sachant que, désormais, ce ne sont plus les cigognes qui apportent les enfants, mais les barquettes de surgelés…

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