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Croatie : la « mode » oustachie et néo-nazie fait fureur chez les jeunes

Croatie : la « mode » oustachie et néo-nazie fait fureur chez les jeunes

Le port des symboles nazis et l’apologie du mouvement oustachi de la Seconde Guerre mondiale sont de plus en plus à la mode parmi les jeunes Croates. Derniers incidents en date : le concert du chanteur Marko Perković Thompson, le 30 mai à Zagreb, et une fête lycéenne à Makarska, placée sous le signe de la croix gammée… Pour la première fois, des sanctions légales ont été prises. Cette « mode » n’est pas bonne pour l’image de la Croatie, dans le contexte de pré-adhésion à l’Union européenne.

Durant un concert de Thompson

La semaine dernière, le Tribunal de Zagreb a condamné un étudiant de 21 ans à une peine de 25 jours d’incarcération avec sursis et à une amende de 1.600 kune (environ 220 euros) pour avoir porté un chapeau orné d’un grand « U », symbole du mouvement pro-nazi oustachi de la Seconde Guerre mondiale, lors du concert du chanteur controversé Marko Perković Thompson, qui s’est tenu le 30 mai dernier à Zagreb.

Puisque la Croatie ne dispose pas de loi spécifique permettant de condamner le port des symboles nazis, le jeune homme a été condamné pour trouble de l’ordre public, sur la base de la Loi sur les regroupements publics. Il sera emprisonné seulement s’il commet un acte similaire dans l’année suivant la condamnation. C’est la première fois, en Croatie, qu’une personne est condamnée pour un acte de ce genre, sachant que de telles actions sont de plus en plus fréquentes à l’intérieur du pays.

Certains analystes, notamment l’ancien président du Comité Helsinki pour les droits de l’homme en Croatie, Žarko Puhovski, considèrent que la peine infligée au jeune homme est un signe positif. Cela signifie en effet que les autorités ont bel et bien l’intention de prendre en main la situation.

D’autres, pourtant, comme l’ancien ministre des Affaires extérieures du temps de Franjo Tudjman, Zvonimir Šeparović, soutiennent que la même peine devrait également être infligée à quelqu’un arborant l’étoile à cinq branches, symbole communiste, régime sous lequel, selon l’ancien ministre, « des centaines de millions de personnes » ont été tuées.

Makarska : croix gammée pour fêter le bac

Cette sentence est survenue une dizaine de jours seulement après le scandale de Makarska. Dans cette petite ville de la côte adriatique, une douzaine de lycéens se sont fait photographier sous la croix gammée, lors de leur fête de fin d’année scolaire. Leurs visages souriants posant devant ce symbole nazi ont grandement fait scandale et leur photo s’est retrouvée à la une des journaux.

Selon le directeur du lycée de Makarska, Slavko Gudelj, toute cette affaire aurait reçue une publicité inutile, l’événement ayant pris des proportions peu méritées.

« Il s’agit d’un acte irréfléchi qui peut s’expliquer par le manque d’information des jeunes générations sur les vieilles idéologies », a expliqué le directeur de l’école. Mais le jour suivant, alors que la police débutait une enquête sur cette affaire, le directeur a changé le ton de sa réponse : « Aucune personne raisonnable ne pourrait soutenir l’idéologie liée à ce symbole ».

« Ces jeunes sont le produit d’une société qui, dans les années 1990, est devenue partiellement oustachie, explique le professeur Tvrtko Jakovina, expert de la seconde guerre mondiale, dans les colonnes du quotidien Slobodna Dalmacija, mais cela ne s’avoue pas publiquement. »

À la suite des réactions outrées de l’opinion publique, les lycéens fautifs se sont excusés, affirmant qu’il s’agissait simplement d’une « mauvaise blague ». Certains d’entres eux ont même cherché à relativiser la question en expliquant que le symbole figurant sur la photo n’était pas la croix gammée des nazis, mais plutôt « le symbole indien de la paix et de l’amour ».

Quoi qu’il en soit, l’enquête a démontré que la photo n’était pas si innocente. Avant de se faire photographier, les lycéens, tous de la même classe, ont revêtus des t-shirt ornés de l’inscription « Über alles », et quelques uns d’entres eux ont même proposé que la chanson « Jasenovac i Gradiška Stara » devienne « l’hymne de leur génération ». Cette chanson de Marko Perković Thompson fait l’apologie des crimes de guerre commis contre les Serbes, les Juifs et les Rroms dans ces deux camps de concentrations oustachis durant la Seconde Guerre mondiale.

Quelques jours après cet événement, la Ligue de football de Croatie a également été condamné à verser 12.500 euros d’amende pour le comportement de supporters croates lors du match Croatie-Turquie, le 20 juin dernier, à Vienne. La Commission disciplinaire de l’UEFA a qualifié leurs comportements de xénophobes et racistes.

Réagissant à la diffusion grandissante de l’idéologie pronazi parmi la jeunesse croate, le président de la communauté juive de Zagreb, Ognjen Kraus, a envoyé une lettre au ministre de l’éducation Dragan Primorac, dans laquelle il déclare avec amertume : « Je vous félicite pour la réforme scolaire ayant eu lieu sous votre mandat. Malheureusement, celle-ci a débouché sur la triste histoire des bacheliers de Makarska, ainsi qu’au non moins triste épisode des jeunes sur la Place du Ban Jelačić. »

Les politiciens et l’Église soutiennent Thompson

Le 30 mai dernier, un concert du chanteur Marko Petrović Thompson a eu lieu sur cette place centrale de Zagreb. Ses chansons, tant par leurs paroles que par leur scénographie, font l’apologie du mouvement oustachi. Parmi le public de ses concerts, il est fréquent d’apercevoir des jeunes arborant des symboles oustachis. Le chanteur n’a jamais invité son public à agir autrement.

Thompson est soutenu par certains politiciens, qui croient que cette proximité avec le chanteur pourrait leur apporter un bonus électoral. Il est intéressant de noter que le concert de Thompson à Zagreb, qui a rassemblé quelque 60.000 personnes, en majorité des jeunes, a été organisé par la mairie de Zagreb, dirigée par le social-démocrate Milan Bandić.

À l’intérieur de l’Église catholique, Thompson jouit également d’un certain soutien. L’évêque de Zagreb, Juraj Jezerinac, a lu quelques lignes d’une chanson de Thompson lors d’une liturgie célébrée à Vukovar. Lorsque les journalistes ont rendu la chose publique, Juraj Jezerinac a expliqué ne pas savoir que Thompson était l’auteur de ces lignes.

Non seulement ce genre d’événements risquent de devenir rapidement incontrôlables mais, de plus, cette image de la Croatie n’arrange guère le Premier ministre Ivo Sanader, à la veille des négociations pour l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne. Voila probablement pourquoi viennent d’être prises les premières sanctions relatives au port des symboles nazis.

Source : Osservatorio sui Balcani, traduit par Caroline Target pour Le Courrier des Balkans.

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